Nature - N°82 - Novembre/Décembre 2007

Créateurs de biodiversité

Les récifs immergés par ALR au large de Capbreton, Soustons / Vieux Boucau et Messanges / Azur / Moliets augmentent la diversité d’espèces marines observées sur chaque site.

 

L’assemblée générale d’Aquitaine Landes récifs (ALR) s’est déroulée le 5 octobre à Messanges. L’association, dont l’objet est de créer et de gérer des récifs artificiels, a déjà immergé 2 200 m³ de modules en béton au large de Capbreton, Soustons / Vieux Boucau et Messanges / Azur / Moliets, faisant de cette réalisation la plus importante de la côte atlantique et la quatrième au niveau national.

«Les récifs artificiels peuvent avoir trois vocations en fonction des engins immergés, rappelle Thomas Scourzic, gérant de la société Océanide, chargée depuis septembre 2006 du suivi scientifique de l’association (JdP n° 79). Ils peuvent avoir une vocation de protection de certaines zones marines côtières contre les chalutages illégaux, une vocation touristique en créant de nouvelles zones pour la plongée sous-marine et la pêche sportive, ou une vocation de soutien à la pêche artisanale, ce qui est clairement l’objectif d’ALR.»

L’efficacité des récifs en matière de fixation des poissons et des invertébrés n’est plus à démontrer. «Récemment au Portugal, une étude est sortie. Un suivi a été réalisé durant quatorze ans et il prouve que deux fois plus de poissons ont été pêchés sur les récifs que sur les zones témoins avoisinantes, aussi bien en nombre d’espèces qu’en poids.» Malgré tout, ALR estime que le suivi scientifique de ses propres structures reste important afin «d’évaluer l’efficacité des récifs pour le soutien de la pêche artisanale», notamment à destination des décideurs et des financiers.

«En 2007, la météo n’a pas toujours été favorable, note Gérard Fourneau, président d’ALR. Les apports d’eau douce chargés de boues par les nombreux orages ne nous ont pas permis d’effectuer toutes les plongées prévues.» Thomas Scourzic s’est donc essentiellement appuyé sur les données de 1999 à 2006 pour présenter les résultats de la colonisation des structures immergées. «Dès l’immersion des récifs, nous pouvons constater une explosion du nombre d’espèces, puisque nous passons de six à dix-sept à Capbreton, deux mois après l’immersion, pour atteindre un maximum de soixante-dix-neuf espèces en 2003.» Des résultats similaires sont constatés sur les autres sites d’implantation. «Au total, cent vingt-quatre espèces ont été observées : cinquante de vertébrés et soixante-quatorze d’invertébrés. Il est donc indéniable que les récifs artificiels augmentent la diversité spécifique par rapport à l’état originel.»

Données plus intéressantes pour les pêcheurs locaux : parmi toutes ces espèces, «quarante-deux ont un intérêt commercial. Il s’agit en particulier de bars, de sars, de daurades, de seiches ou de poulpes. Et la moitié de ces espèces sont présentes fréquemment ou en permanence sur les structures.»

Pour affiner le suivi scientifique, qui repose jusqu’à présent exclusivement sur des observations de plongées, de nouveaux outils vont être intégrés. Il s’agit notamment de pêches expérimentales dont les premières auront lieu tout début novembre, grâce à l’aide de Nicolas Lafargue, pêcheur professionnel de Capbreton, capitaine du Steph’Annie. «Des essais seront menés sur le site de Vieux-Boucau et sur celui de Messanges, indique Gérard Fourneau. Il s’agit notamment de repérer les espèces qui viennent sur les récifs mais qu’on ne peut pas voir en plongée.»

Mais les projets de l’association ne s’arrêtent pas là. D’ici la fin de l’année, l’immersion de poches d’huîtres devrait enfin devenir réalité. Cette opération a connu de multiples péripéties (JdP n° 63), stoppée une première fois par la pollution du Prestige, et une seconde fois par l’arrachage de la structure métallique de son emplacement d’origine, sans doute par un bateau de forte puissance. «Nous espérons enfin mener ce projet à bien. L’idée est d’immerger les huîtres durant une période de l’année pour leur éviter les mois de chaleur et faire en sorte que les naissains ne s’accrochent pas dessus.» Un autre projet verra le jour début 2008. Il s’agit de l’implantation de filières de Saint-Jacques en pleine mer. Elles seront arrimées à une structure métallique au moyen d’un dispositif développé au Japon.

 

Photo : ALR - Jean Celestrino

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